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Réfugiés palestiniens : « Nous ne vous abandonnerons pas. Votre dignité n’a pas de prix » assure l'UNRWA

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4 septembre 2018 - Lettre ouverte du Commissaire général de UNRWA.

Le 31 août, les États-Unis ont annoncé qu’ils ne fourniraient pas de fonds supplémentaires à l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). Je tiens à exprimer mon profond regret et ma déception face à cette décision qui affecte l'un des partenariats les plus solides et les plus fructueux dans les domaines de l’humanitaire et du développement et je rejette, sans réserve, les raisons avancées pour la justifier.

Tout d’abord, je tiens à dire avec une conviction et une détermination sans faille, aux réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Jérusalem-Est, à Gaza, en Jordanie, au Liban ou en Syrie, que nos opérations se poursuivront et que notre Agence sera présente. Le cœur de notre mission réside dans la dignité et les droits d’une communauté sous pression et profondément affectée. La décision sur le financement d’un État membre, bien qu’il soit notre bailleur de fonds historiquement le plus généreux et le plus constant, ne modifiera pas ou n’aura pas d’impact sur l’énergie et la passion avec lesquelles nous concevons notre rôle et notre responsabilité envers les réfugiés palestiniens. Elle ne fera que renforcer notre détermination

À mes collègues, qu’ils soient Palestiniens ou non, je confirme que nous nous appliquerons avec énergie et créativité, à répondre aux besoins de la communauté et à maintenir les services vitaux que nous fournissons déjà. Tout le personnel sera à son poste et nous maintiendrons nos installations ouvertes et sécurisées. Cela démontre notre sens de l’unité et du devoir.

L’histoire particulière de l’UNRWA est faite de milliers d’actes d’altruisme et de courage dans une des régions du monde les plus polarisées et soulevant le plus de passion. Je suis fier et honoré de diriger cette Agence dynamique et je tiens à rendre hommage aux dizaines de collègues que nous avons perdus ces dernières années, notamment à Gaza, en Syrie, et en Cisjordanie.

L’Agence a été créée en 1949 pour apporter assistance et assurer la protection des droits des réfugiés palestiniens, en attendant pour eux une solution juste et durable. C’était, et cela demeure, l’expression de la volonté collective de la communauté internationale et l’Assemblée générale des Nations Unies a constamment salué les résultats de l’Agence en termes de développement humain et a prolongé son mandat. La Banque mondiale a qualifié notre système éducatif de « bien public mondial ».

Le besoin d’une intervention humanitaire est né de l’extrême violence, des souffrances et des injustices engendrées par la guerre. Dans le cas des réfugiés palestiniens cela s’est traduit par des déplacements forcés, des dépossessions, la perte de leurs maisons et de leurs sources de subsistance, ainsi que par l’apatridie ou l’occupation. Peu importe le nombre de fois où certains ont tenté de minimiser ou de délégitimer ce que les réfugiés palestiniens vivent ou ont vécu individuellement et collectivement, il est indéniable qu’ils ont des droits, conférés par les lois internationales et qu’ils représentent une communauté de 5,4 millions d’hommes, des femmes et d’enfants qui l’on ne peut balayer d’un revers de la main.

Le caractère prolongé du statut de réfugié de Palestine, le nombre croissant de réfugiés et l'augmentation des besoins incombent directement aux parties impliquées, à l'absence de volonté ou à l'incapacité totale de la communauté internationale de parvenir à un règlement négocié et pacifique du conflit entre Israël et Palestine. La tentative de rendre l’UNRWA responsable d'une manière ou d'une autre de la perpétuation de la crise est pour le moins fallacieuse.

Il n'y a malheureusement rien d'unique dans le prolongement de la crise des réfugiés palestiniens. Les réfugiés afghans, soudanais, somaliens, congolais et bien d’autres ont également subi des décennies de déplacements et l’absence de résolution des crises qui les affectent. Leurs enfants et petits-enfants sont reconnus comme réfugiés et assistés par le HCR. L'engagement à servir les communautés affectées par la guerre jusqu'à ce qu'une solution politique soit trouvée est enraciné dans le principe d'humanité ainsi que dans le droit international sur le maintien de l’unité des familles. C'est l'incapacité à mettre fin aux conflits qui prolonge le sort des réfugiés et qui les empêche de vivre dignement et de décider de leur propre avenir.

En janvier 2018, les États-Unis ont annoncé que leur contribution annuelle à l’UNRWA serait de 60 millions de dollars. Nous avons salué ce financement important à l'époque, mais avons également souligné qu’il représentait une réduction de 300 millions de dollars en termes de ressources et que notre organisation était confrontée à une crise existentielle. À aucun moment au cours des huit derniers mois, nous n’avons été informés des raisons spécifiques de cette réduction drastique.

Cependant, il semble évident que cette réduction de financement n’est pas liée à la performance de l’UNRWA mais aux tensions entre les États-Unis et les dirigeants palestiniens qui ont suivi l'annonce faite par Washington de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Il s'agit donc d'une politisation évidente de l'aide humanitaire. L'annonce faite vendredi remet en question la notion de dépolitisation du financement humanitaire. Cela risque de saper les fondements des systèmes internationaux multilatéraux et humanitaires.

Il s'agit d'un changement d’orientation radical après sept décennies de soutient authentique, même si parfois critique, des États-Unis envers notre agence et incompatible avec l'accord de coopération signé début décembre 2017 entre les États-Unis et l’UNRWA. Un accord dans lequel les États-Unis reconnaissaient la robustesse et l'intégrité de notre gestion de l'organisation et de ses ressources ainsi que la manière dont nous traitons nos multiples défis opérationnels, sécuritaires et financiers.

Notre engagement en matière de reddition de comptes, de discipline financière stricte et saine, d'établissement de priorités et de prise de mesures décisives lorsque la neutralité de l'Agence a été remise en question relèvent du domaine public. En 2018, l’UNRWA a introduit des mesures de gestion rigoureuses et pris sa part nécessaire pour surmonter la crise financière.

Nous avons également obtenu des résultats remarquables en termes de diversification et d'élargissement des partenariats. Je tiens à remercier sincèrement les quelque 25 pays qui ont versé en avance leurs contributions annuelles pour nous aider à maintenir nos opérations. Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude envers les 30 donateurs qui ont apporté des contributions supplémentaires aux activités de base et d'urgence d’UNRWA cette année et à ceux qui ont signé de nouveaux accords pluriannuels avec nous.

Je tiens à souligner en particulier les dons généreux faits par les pays du Golfe, notamment l'État du Qatar, le Royaume d'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ainsi que le soutien historique de l'État du Koweït.

Nous avons toujours un besoin urgent de 200 millions de dollars pour surmonter cette année de crise et nous appelons tous les donateurs à maintenir une mobilisation collective pour mener à bien cette cruciale mission.

Je suis reconnaissant au Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, de sa confiance et de son leadership dans la mobilisation de fonds pour notre Agence. Je veux aussi remercier sincèrement tous les pays d’accueil pour leurs efforts continus, comme en témoignent notamment le dévouement du Royaume hachémite de Jordanie et de la Palestine. Je reconnais aussi l’engagement démontré par l’Egypte et la Turquie lorsqu’il ont présidé, chacun leur tour, la commission consultative de l’UNRWA.

Quand, cette semaine, grâce à l’admirable soutien de nos partenaires, nous avons pu ouvrir les écoles à temps et que 526 000 filles et garçons ont pu retourner en classe dans les 711 écoles de notre réseau dans la région, ce fut un moment de fête, de fierté et d’espoir.

L’UNRWA ne se contente pas de belles paroles en ce qui concerne le droit à l’éducation, à l’autonomisation des jeunes filles, au développement de la pensée critique et à l’enseignement de la tolérance et des droits de l’homme. Notre engagement à préserver les opportunités et les droits n’a rien d’artificiel. Nous agissons concrètement sur ces fronts difficiles, engagés à maintenir l’intégrité de notre mandat et à viser des normes élevées dans nos services d’éducation, de santé, de secours et de services sociaux et d’intervention d’urgence.

Je dis une nouvelle fois aux réfugiés palestiniens : Nous ne vous abandonnerons pas. Votre dignité n’a pas de prix.

Pierre Krähenbühl, Commissaire général

Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens

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