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Edito - La famille onusienne frappée dans son idéal

ABP-200x120Journaliste au Monde en 2003, j'ai écrit cet article à la suite de l'attentat terroriste contre l'ONU le 19 août, Il est daté du 1er septembre 2003.

C'est la fin de l'innocence. Plus de dix jours après l'attentat de Bagdad, la famille de l'ONU peine encore à réaliser qu'elle a pu être délibérément prise pour cible d'une attaque terroriste. Après les larmes, après les hommages rendus à ses victimes - ses « sentinelles », ses « guetteurs », ses « soldats de la paix » -, après la consternation et le chagrin, après l'incompréhension et la colère, c'est désormais le temps du doute.

NYounesLa famille onusienne a pleuré seule ses morts. Et au fil des hommages qu'étaient venus leur rendre la semaine dernière, à Genève, nombre de leurs amis, il fut question aussi de la solitude qui avait été, à Bagdad, celle de Sergio Vieira de Mello, de Nadia Younès, de Jean-Sélim Kanaan et des vingt autres personnes qui ont péri dans l'attentat du 19 août. Ils se sentaient « abandonnés, étouffés, presque oubliés », a dit un de leurs compagnons.

Or, cette équipe était de celles qui portent le plus haut le drapeau des Nations Unies, rassemblant autour du Brésilien Vieira de Mello des personnalités brillantes, exigeantes, qui avaient embrassé avec enthousiasme leur mission à Bagdad mais avaient déjà eu le temps de déchanter.

Tout a été dit de l'ardeur et du charme de M. Vieira de Mello, qui les avait motivés à le suivre. Il y avait avec lui Nadia Younès, son chef de cabinet, « notre général au coeur d'or », une Egyptienne aimée de tous pour sa générosité, son esprit mordant, son rire rauque, cette façon qu'elle avait de célébrer la vie à chaque instant.

Nadia Younès avait gravi les étages de l'ONU, depuis le sous-sol de l'immeuble new-yorkais, qu'elle faisait visiter comme guide à l'âge de 22 ans, jusqu'au dernier des 38 étages, auquel elle avait accédé en tant que Secrétaire général adjoint. Issue de la haute société de son pays, l'Egyptienne était un animal politique qui mariait l'impertinence au charisme.

« JE ME SENS INUTILE »

Elle préféra longtemps les couloirs du pouvoir à l'action humanitaire, jusqu'à ce qu'elle rencontre Bernard Kouchner, en 1999, et que, happée par « l'énergie et les convictions » de celui qui venait d'être nommé Représentant de l'ONU au Kosovo, elle décide de le suivre à Pristina. « J'y ai passé les meilleurs mois de toute ma vie », disait-elle.

C'est avec le même enthousiasme qu'en juin dernier elle a suivi Sergio Vieira de Mello en Irak. Favorable à la guerre « contre le tyran de Bagdad », Nadia a très vite déchanté. A Bagdad, elle était malheureuse : « Je ne supporte plus d'être ici, disait-elle. Je me sens impuissante, inutile ». Elle était amèrement déçue par le comportement des Américains pour qui l'ONU « n'existe pas ».

Assassiné lui aussi, Jean-Sélim Kanaan, 33 ans, était un homme pressé ; pressé de changer le monde, pressé de changer l'ONU. Animé d'une passion urgente, brillante, contagieuse et militante, il représentait le meilleur de l'ONU, sa nouvelle génération. Sa « Guerre à l'indifférence » (le titre de son livre, publié en 2002), il l'avait commencée très tôt, après des études à Harvard, en partant à Mogadiscio avec une ONG française, en 1992. Il avait 21 ans. Puis, il ne s'était plus arrêté, de la Somalie à « l'enfer bosniaque », du Kosovo à l'Irak, d'où il n'est pas revenu.

Français et protestant par sa mère, Egyptien de culte grec-orthodoxe par son père et Romain de naissance, il avait trois nationalités et s'exprimait en six langues. Assez doué pour choisir n'importe quel métier, il avait fait le choix de l'ONU. C'est parce qu'il était passionnément onusien qu'il rédigea ce livre critique sur les défaillances de l'organisation, qui faillit lui coûter son poste.

« En tuant mon ami Jean-Sélim, ils ont déclaré la guerre à la paix », disait la semaine dernière son ami Okamura Yoshifumi. « Que doit faire la paix quand elle est ainsi attaquée ? »


Edito: Afsane Bassir-Pour, août 2013.

 

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Entretien avec Jeffrey Feltman

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"Une des choses les plus importantes que nous pouvons faire dans cette Organisation est d'unir la communauté internationale afin que les pays parlent d'une seule voix. Parce que nous avons alors un réel pouvoir".

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